Nathalie Alcaraz prône la révolution culturelle du Sport Boules

Ou plutôt une évolution culturelle de la discipline.

Les Final Four des Coupes d'Europe féminine et masculine viennent de clôturer la saison régulière du championnat des clubs et, avec eux, la pratique des épreuves modernes du "Sport Boules Lyonnaises".

Alors que la Fédération Française associe les noms Sport et Boules depuis 1981, le jeu traditionnel y prédomine dans le mode de pratique et aussi dans l'intérêt des licenciés. Les audiences des retransmissions réalisées par Sport Boules Diffusion en témoignent. Normal au regard du poids de la tradition : la pratique de la "Boule Lyonnaise" remonte à plus d'un
siècle, le premier concours réglementé datant de 189, soit 120 ans ! Quatre épreuves (simple, double, triple, quadrette) permettent d'y jouer tout au long de l'année en concours.

La pratique "sportive" du Sport Boules est également codifiée, en cinq épreuves (combiné, tir de précision, tir progressif, tir en relais, tir à cadence rapide). Et se joue essentiellement dans le cadre du championnat des Clubs, soit sur une quinzaine de week-end par an.

Nathalie Alcaraz est la capitaine du club féminin de Bourg-en-Bresse. Champion de France N1, le club disputera le championnat Elite Féminin la saison prochaine. Elle arrive aujourd'hui avec une idée simple, issue d'un constat évident : la pratique traditionnelle est accessible tout au long de l'année, le championnat des clubs, sur une quinzaine de dates, fait la synthèse entre jeu traditionnel et sportif, pourquoi la pratique sportive de notre discipline ne serait elle pas couverte, elle aussi, tout au long de l'année par des compétitions ? Mais laissons là exposer par elle même sa réflexion et ses idées. Entretien :

Vos avis et réflexions en commentaires dans ce billet.

Culture Sport Boules : Capitaine du club de Bourg-en-Bresse, champion de France N1 l'année dernière, tu as un temps pensé à ne pas renouveler ton engagement, avant de finalement signer pour une nouvelle saison. Quelles en ont été les raisons ?
Nathalie Acaraz : Pour comprendre ma réflexion, il convient de préciser avant toute chose que je pratique surtout la course à pied. Au début pour le plaisir mais depuis peu, je me suis prise au jeu de participer à des manifestations officielles : dix kilomètres, semi-marathon ou trails (La Saintélyon, l'Urbain trail de Lyon…).
Ma pratique du Sport Boules est, pour des raisons familiales, limitée au championnat des clubs. A la fin de chaque saison, j'avais un drôle de sentiment. C'est en discutant avec un responsable de club sportif féminin…que j'ai enfin pu mettre un mot dessus : la lassitude. Je suis très contente au moment de la reprise en septembre et très contente quand la compétition se termine en mars, mais avec cette sensation qu’il m’en manque un peu…en fait, il me manque de la pratique tout simplement !

Six mois de championnat pour faire dix tirs de précision et dix tirs en relais…je trouve cela lourd. Il y a plus d’entrainement que de compétition et il y a un moment où le « sportif » (toute discipline confondue ) a surtout envie de confrontation / compétition ….

Le groupe champion de France N1 en 2013/2014
J'ai pensé arrêter pour ne pratiquer que la course à pied (où l'on peut pratiquer en course tous les week-end…)  mais l’équipe de Bourg se retrouvait en sous-effectif : d'autres départs, une joueuse blessée et une autre enceinte… 

Par amitié pour les filles du groupe et notre coach, Patrick Piguet…j'ai pris la décision de redémarrer avec le groupe, qui vient d'accéder à la plus haute division. Je suis tout de même « surprise » que dans l’Ain, ils n'aient pas trouvé de jeunes talents pour me remplacer !

C.S.B : Tu proposes une réflexion autour de la pratique des épreuves modernes du Sport Boules. Peux-tu nous la résumer ?
N.A. : J’ai découvert les boules via mon BEESAPT, j’en ai aimé le contenu pédagogique que l’on pouvait proposer aux écoles. Par la suite, j’ai été attirée par épreuves modernes ( tir progressif, tir en relais et tir de précision) et j’ai voulu essayer.  En mettant les pieds dans le monde bouliste en 2000, j’avais déjà été surprise de voir le France Tir sans possibilité de qualification « individuelle » ! Mais très impressionnée par cette compétition qui se déroulait encore du côté de Gerland.

Lors d'un stage avec Yann Paccoud
J’ai eu la chance, grâce à Yann Paccoud (ex-CTD ain) de découvrir le haut niveau et l’esprit des clubs. J’ai pratiqué par-ci, par-là….et j’ai découvert, de l’intérieur, les clubs sportifs. Sans vouloir généraliser, cela étant un avis personnel où certains me rejoignent, je ne le trouve pas très sain. Sans doute parce que je n’ai pas trop l’esprit de compétition ? 

Je joue car j’aime ça, c’est tout ! Les joueurs se battent pour pratiquer les épreuves modernes, au sein des équipes, cela peux porter préjudice…

Les boulistes qui veulent faire du tir de précision ne peuvent le faire que s’il y a un club proche de chez eux (ou pas...) alors qu’en simple, double ou quadrette, ils peuvent y jouer en dehors des clubs, dans le cadre de concours par exemple. Je trouverai très intéressant d'organiser un championnat d’épreuves modernes, genre multi-épreuves pour adultes, comme cela peut se faire pour les jeunes. Ou des compétitions spécifiques des différentes épreuves.

C.S.B. : Quels effets bénéfiques verrais-tu à ta réflexion ?
N.A. : Mon avis est celui d’une « non bouliste de souche », une sportive qui a découvert le monde du Sport Boules sur le tard. J'y vois cependant plusieurs avantage et intérêts.
Le recrutement de nouveaux licenciés :   avec une pratique collective des épreuves modernes, je pense qu’on limite l’arrivée de nouveaux licenciés, qui pratiquent d’autres sports. Je prends mon exemple : j’ai une licence d’athlétisme (il y a deux ans, c’était du triathlon) pour participer aux « courses de masse / populaires »…Pourquoi des basketteurs ne pourraient pas venir faire du tir de précision ou tir en relais en plus de leur discipline de prédilection ? Je me souviens qu'à Mâcon, il y avait eu un échange entre basketteurs et boulistes : certains s'étaient montrés très adroits !.
Diversifier l'offre de pratique : Là où le manque d’effectif ne permet pas de créer un club, on empêche d’autres boulistes de pratiquer ces épreuves. Elles font pourtant partie de notre discipline. Limiter la pratique de ces épreuves dans un mode collectif, c'est priver une partie de ses licenciés d'une possibilité de pratique à titre individuel et empêcher leur découverte et pourquoi pas leur pratique par des nouveaux venus, non intéressés par le jeu traditionnel.

Une idée pour la semaine nationale du Sport Boules ?
Aider à la promotion : ce genre de journées pourrait servir de promotion de la discipline et être un vecteur de développement. A qui me dit "ce n’est pas avec des  "débutants » qu’on va promouvoir la discipline, je réponds qu’il n’y a pas que la perfection qui attire…la pratique par "madame ou monsieur tout le monde" peut susciter des vocations. Par exemple, il y quelques semaines, il y avait le gala de danse de mon aîné, huit ans, qui pratique le hip hop : sept  danses différentes étaient annoncées…ça se voyait que c’était des « amateurs » mais leur sourire et leur joie étaient très communicatifs et donnaient envie : des mamans vont s’inscrire au hip-hop l'année prochaine !  

Je crois savoir qu’il y a quand même plus de joueurs traditionnels en N4 qu’en Elite…et ils font sans doute beaucoup de trous, mais ils continuent de jouer. Pourquoi cela ne pourrait pas être pareil avec une pratique individuelle des épreuves modernes ?

C.S.B. : L'athlète pratique sa discipline pour le plaisir, mais également en vue d'un objectif ! Comment articules-tu ta réflexion par rapport au France Tirs ?
N.A. : Il y a souvent un coup de cœur quand on commence un sport. Certains arrêtent car trouvent la pratique trop difficile et d’autres continuent car ils progressent. Ensuite, il y a ceux qui visent la perspective d'une qualification, d'autres celles d'un titre…Les nouveaux pratiquants vont chercher à progresser...ou juste s’amuser de leur sport…mais l'essentiel est qu'ils vont pratiquer !
Les joueurs de "traditionnel", qui n’avaient jamais voulu s’investir dans un club vont peut être découvrir de l'intérêt dans ces épreuves …qui font partie du Sport Boules. Les joueurs confirmés qui, en club, sont « désignés » pour faire du combiné vont enfin pouvoir se faire plaisir en précision. Plus simplement, ceux qui aiment et pratiquent ces épreuves trouveront peut être de l'intérêt à avoir plus de compétitions…sans parler des nouveaux qui seront séduits par ce mode de pratique !
Ma vision est peut être simpliste, mais je pense que dans les départements, par zone ou par région, on peut trouver trois ou quatre dates pour proposer ce type de journées…comme pour les jeunes actuellement. Et pourquoi pas en conclusion une finale régionale qui donne une qualificatif au France Tirs ? Ce championnat ne mériterait-il pas des déclinaisons en France Tirs Région ?

Vers des France Tirs "Région" en 2015 ?
Au niveau fédéral, on me répondrait que le calendrier est plein, qu’il n’y a pas de dates…Au niveau national peut-être, pour l’Elite qui fait la Coupe d’Europe sûrement… mais autour de moi, il y a déjà des personnes partantes pour ce genre de manifestations car tous les boulodromes ne sont pas pris tous les week-end. Et surtout, il est important de penser et d'organiser des modes de pratique pour qui souhaite pratiquer le Sport Boules dans ses épreuves modernes...en dehors de la pratique traditionnelle. Il y a un potentiel pour des licenciés pratiquant les épreuves modernes de manière exclusive, de la même manière que grand nombre de notre effectif ne pratique qu'en traditionnel. La symétrie doit être recherchée, le championnat des clubs faisant la synthèse des deux pratiques.
Pour répondre au problème financier, on pourrait faire payer l’inscription (comme en traditionnel), même cinq euros pour défrayer les arbitres…L'inscription à une course à pied a un coût, combien même on possède une licence. (note de CSB : dans certains départements, la participation à un qualificatif à un championnat de France en traditionnel est payant)
Mon avis est qu'il faut laisser la gestion de ce championnat aux départements : ils connaissent le mieux leurs licenciés. Et ils peuvent proposer que du tir de précision pour commencer. Quand à l'équité entre les départements, la pratique bouliste est déjà  inégale : le club de Port des Barques est désavantagé par rapport aux clubs rhônalpins....

C.S.B. : Tu avais tenté de lancer la réflexion il y a quelques années, tu as relancé le débat il y a peu, je l'ai reçu via un président de CBD et aussi via un conseiller technique. As-tu eu des premiers retours ? 
N.A. : Ho ! je suis surprise de ta réponse ! En effet, sur le site de la fédération, j'avais trouvé les adresses mail (et des sites internet) de beaucoup de CBD et CBR et c’est à eux que j’avais envoyé cette réflexion.
Dès la première semaine, j’ai eu trois retours (positifs ) et j’étais contente, mais depuis…rien !! Surtout, je ne sais pas si les présidents l’ont reçu ou pas ! Beaucoup de comités ont des sites internet et c'est une bonne chose…mais est ce que les mails  sont suivis ?  Internet est un outil très pratique et rapide, quasiment incontournable de nos jours…  Je fonctionne beaucoup avec, et c’est pour cela que je suis inquiète de leur « silence ». Je ne les oblige pas à être d’accord avec moi, c’est juste une enquête…mais qu’ils répondent….
Via le site « sport-boules diffusion » un professeur de sport avait contacté Patrick (Alcaraz) car il voulait faire connaissance avec cette discipline et la proposer aux élèves… voilà maintenant trois ans qu’ils pratiquent. Certes, cela ne se fait que dans le lycée mais au moins, l’image des boules change et se propage. Mais l'internet n'est qu'un outil, la réactivité et "le faire" restent l'affaire des femmes et des hommes de terrain.

Spectacle de tir progressif à Saint-Vulbas en 2011
C.S.B. : Si tu devais donner trois mots, un commençant par C, un par S, un par B, pour définir les épreuves modernes du Sport Boules ?
N.A. :
C comme Cloitre… Ces épreuves existent, pourquoi les cloîtrer dans le carcan du championnat des clubs...
S comme Spectacle…. Joueurs amateurs ou Elite, ces épreuves sont belles, je les aime.
B comme Bousculer…les traditions.Pourtant,  je n’aime pas les choses qui changent, je ne suis pas "accro" aux technologies…mais  « l’homme » évolue, les modes de vie aussi…alors, pourquoi pas les pratiques ?

C.S.B : Quelle question aurais tu aimé que je te pose et quelle réponse y aurais tu apporté ?
N.A. : Est-ce que tu veux faire un concours avec moi, chez moi, au soleil  ? Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii.

Commentaires

  1. salut chris et bonjour nathalie,comme a dis mon ami le mail est bien arrivé et je l'ai lu attentivement car les choses sont dites et "BIEN DITES".Notre sport mérite des changements.Mais en avons nous l'envie,le désir?Pas sure que l'opinion de Nathalie soit reconnue par tous!!!!!Perso J'ADHERE,il suffit de voir le manque de joueurs(ses) en -de 15 et -de 18 dans les journées multi épreuves(tout le monde ne peut pas tirer 50 boules et en taper 49)il ne reste donc plus que les meilleurs qui visent une qualif aux france et que font les autres ?Pour les -de23 ou seniors si il n'ont pas de clubs sportifs prés de chez eux il ne leur reste plus qu'a faire de la quadrette(je n'ai rien contre la quadrette mais bon !!!) Nous avons la chance d'avoir des épreuves pouvant intéresser d'autres sportifs mais on du mal a se rapprocher des autres sportifs.On est bien comme on est!!! Reconnaissons aussi que dans nos clubs nos jeunes servent plus en course qu'en trad et faire 2 courses en une après midi pas sure que cela soit la meilleure solution!!Nous n'avons certainement pas fait ce qu'il fallait les années d'avant pour avoir actuellement la suite et on paye cache le manque de jeunesse(population entre 35 et 50 ans) chez nos éducateurs,dirigeants,et responsables de clubs.Nos anciens sont sur les terrains pour jouer et ils n'ont plus trop envie( pas tous) de s'occuper a l'intérieur de nos clubs ayant comme ils disent" DEJA DONNE".
    Voila ce que j'en pense et surtout je n'attaque ou ne vise personne en particulier on essaye tous par nos actions de faire avancer notre sport.

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